L’anomalie. Hervé Letellier. Kourde Yacine 30 novembre 2020.

   Le 29 novembre 2020, la veille de la proclamation du Goncourt, j’avais exprimé dans un blog, ma préférence pour l’anomalie de Hervé Letellier. Les trois autres romans en compétition étaient Les impatientes de Amadou Djaili Amel, l’historiographe du royaume de Maël Renouard, Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo.


Durant les premiers chapitres, on peut être partagé entre le sentiment de lire un bon livre original et génial, et celui d’être tombé sur un cocktail employant tous les genres.
En effet, le roman est multiple. D’abord par le nombre de personnages principaux, une douzaine. On trouve notamment Blake un tueur à gages, Slimboy un artiste nigerian, Joanna une avocate, Victor Miesel un écrivain, Lucie Bogaert monteuse dans le cinéma, David Markle pilote de ligne, Sophia Kleffman une fillette de 7 ans, André Vannier un architecte. Ils sont américains, français, anglais, nigérian et aux antipodes les uns des autres. Il y a aussi des personnes réelles, en particulier des chefs d’États et des scientifiques tels Nicks Bostrom et Cédric Villani (Letellier est lui-même mathématicien). Le livre est également multiple par les thèmes et les styles adoptés. C’est un savant mélange de psychologie, de littérature, de religions, de technologies, de relations internationales et de philosophie. Le récit est soutenu par le suspense propre aux intrigues policières et l’invraisemblance des romans de science fiction.
Les passagers et les membres d’équipage du vol 006 Paris-New York du 10 mars 2021 atterrissent à bord du Boeing 787 d’Air France.
Trois mois plus tard, en juin 2021, le même avion avec les mêmes passagers et membres d’équipage, après une turbulence aérienne, demande l’autorisation d’atterrir, plongeant les autorités américaines dans la plus grande des stupéfaction. L’avion est dérouté sur une base militaire. Les services secrets américains mettent en œuvre le protocole 42. C’est un protocole pour gérer une situation absolument imprévue, inédite, ANORMALE.
Cette partie du roman est tout simplement fantastique.
Souvent nous avons du mal à comprendre ce scénario où chacun des passagers se retrouve face à son double, décalé de trois mois. Les experts et les scientifiques réquisitionnés par les autorités pour tenter de comprendre cette anomalie vont échafauder toutes les hypothèses. Le lecteur aussi. Cela va de la faille spatio-temporelle, au complot technologique, en passant par le voyage dans le temps ou la théorie du cigne noir. Nous aurons même droit, durant plus de douze pages, à un débat entres hommes des cultes chrétien, juif, musulman, mormon et bouddhiste.
Le moins que l’on puisse dire c’est que ce roman sort de l’ordinaire.

Kourde Yacine 30 novembre 2020.

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