C’est le genre de livre qu’il faudra sans doute lire deux fois si l’on veut en saisir toute la substance. Une tribu partie de Tell El Muqayyer en Mésopotamie (ur), patrie du prophète Abraham va rejoindre Calaan sous la conduite de Terah, père de Abram. Le périple durera une quarantaine d’années et passera au travers des deux guerres mondiales en suivant « l’itinéraire d’Abraham décrit dans la genèse » : « Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Harran, et y habitèrent ». En effet, le clan va parcourir plus de deux mille kilomètres à travers guerres et déserts.
Le livre est intense. C’est un concentré d’histoire et de philosophie des religions soutenu par la formidable érudition de l’auteur. L’unité des trois religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam est détaillée à travers des paraboles reliant la geste d’Abraham et l’errance d’Abram.
C’est aussi un regard sur les conflits et le partage du Moyen Orient entre la France et l’Angleterre sur fond de dépeçage de l’empire Ottoman. « Retenez cette date, le 16 mai 1916, et ces noms, qu’ils restent gravés dans vos mémoires et celles de vos enfants jusqu’à la fin des temps : Mark Sykes et François-Georges Picot »
Après la résolution de l’ONU, adoptant le plan de partage de la Palestine et les guerres qui en découlent, le récit s’achève dans les faubourgs d’Hébron dans la même atmosphère mystique ressentie aux Chênes de Mamré, ou à la mosquée du tombeau des Patriarches.
Kourde Yacine. 26 juillet 2021.
